Actualités
La-Croix - Pourquoi le Parlement européen presse la Commission de durcir le ton contre Shein - 28/01/2026
Pourquoi le Parlement européen presse la Commission de durcir le ton contre Shein
Les membres de la commission du marché intérieur ont auditionné, mardi 27 janvier 2026, une représentante de Shein. Les eurodéputés appellent la Commission européenne à enquêter sur les pratiques de la plateforme de vente en ligne chinoise. Une crème pour les yeux. Un gloss. Un anneau de dentition pour bébés. Un jouet pour enfants. Le député européen socialiste Pierre Jouvet a passé commande sur la plateforme chinoise Shein avant de participer à la réunion de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO) du Parlement européen à Bruxelles, mardi 27 janvier. L’élu montre ses emplettes à ses collègues et annonce, formel, qu’aucun de ces produits ne respecte les normes européennes. Dans la salle, il n’y a pas que des députés européens, pas que des représentants de la Commission européenne. Il y a aussi Yinan Zhu, directrice juridique de Shein. Elle reste impassible. Pourtant, Pierre Jouvet est loin d’être le seul à être très remonté contre la plateforme d’e-commerce. Durant la réunion, les critiques fusent. Pas un élu, tous bords politiques confondus, ne défend l’entreprise. Concurrence déloyale L’Italien Sandro Gozi (Renew Europe) reproche à Shein d’« arnaquer » les consommateurs ; la socialiste danoise Christel Schaldemose ne cache pas qu’elle en « a marre que des entreprises européennes soient soumises à une concurrence déloyale car elles ne peuvent pas être concurrentielles face à des plateformes qui ne respectent pas les normes européennes ». Le Belge Yvan Verougstraete estime que « les pratiques de Shein sont inacceptables » et tonne, à l’attention de la représentante du groupe : « Si une entreprise européenne avait fait le quart du tiers de ce que vous avez fait, elle aurait fermé depuis longtemps, et ses dirigeants auraient été arrêtés ! » La Normande Stéphanie Yon-Courtin (Renew) n’est pas plus conciliante : « Si vous voulez vendre chez nous, ne mettez pas nos citoyens en danger, car dans le cas contraire, nous devrons fermer l’accès à notre marché pour votre plateforme. » Signalements successifs Il faut dire que, en Europe, les griefs envers Shein ne manquent pas : problèmes de sécurité des produits vendus, violation des droits des consommateurs, cas de travail d’enfants, non-respect des droits d’auteur, mépris pour l’environnement, soucis éthiques, etc. En fin d’année dernière, les signalements successifs, en France, de poupées sexuelles à apparence enfantine puis d’armes blanches sur la plateforme ont mis le feu aux poudres alors même que Shein faisait sa grande entrée au BHV à Paris. Proposé en 2020 par la Commission, âprement négocié durant deux ans par les 27 États de l’Union européenne (UE) et les eurodéputés, puis entré entièrement en application début 2024, le Digital Services Act (DSA) entend faire en sorte que ce qui est illégal hors ligne le soit aussi en ligne. Et c’est au premier chef à la Commission que revient la mission de veiller à la bonne application de cette législation. L’institution peut demander l’ouverture d’une procédure formelle, qui peut déboucher, in fine, sur des amendes. Durant la réunion au Parlement européen, bon nombre de députés ont demandé à la Commission pourquoi elle n’avait pas encore ouvert une enquête en bonne et due forme concernant Shein. « Quand allez-vous enfin avoir le courage de prendre les décisions qui s’imposent ? Pourquoi adopter des armes pour se défendre et ne pas les utiliser quand les consommateurs sont en danger ? », s’est agacée Stéphanie Yon-Courtin. Côté Commission, on dit « attendre des éclaircissements » de la part de Shein et « évaluer ses réponses » avant de prendre une décision. Blocage de l’adoption de la loi française En France, la Commission européenne est aussi accusée de bloquer l’adoption de la loi anti-fast fashion, qui a été votée par l’Assemblée nationale et le Sénat. Même si elle salue l’ambition de la loi française, la Commission estime que plusieurs failles risqueraient de la compromettre devant les tribunaux. Le principal écueil concerne l’interdiction générale de publicité pour les sites de mode ultra-éphémère que la loi française veut mettre en place. Bruxelles estime qu’elle entre en contradiction avec la loi européenne sur l’e-commerce. Des discussions sont toujours en cours pour faire évoluer le projet. D’ici là, le Parlement européen cherche donc à faire entendre sa voix. Face aux députés, Yinan Zhu a tenté de redorer le blason de son entreprise, rappelant les procédures « très exigeantes » en place en cas de problème de sécurité des produits, expliquant à quel point Shein se démarque de ses concurrents « par (sa) capacité d’innovation », et en notant que Shein comptait « très peu d’invendus par rapport à la moyenne », ce qui « limite largement les déchets ». Pas de quoi convaincre le député néerlandais Dirk Gotink (Parti populaire européen), qui considère que, « dans cette histoire, Tom, c’est l’Europe, et Jerry, ce sont les plateformes. Et Jerry s’en sort toujours ». L’Europe adresse de nombreux reproches à la plateforme Shein, notamment des problèmes de sécurité des produits vendus ou des cas de travail d’enfants. (Esta Webster)
Stéphanie Yon-Courtin