13-Novembre : « Honorer la mémoire par des actes »
Stéphanie Yon-Courtin, députée européenne originaire de Normandie, a perdu un cousin au Bataclan, le 13 novembre 2015. Elle s’interroge sur ce que nous avons retenu des attentats de Paris. « J’ai le sentiment d’un immense gâchis. » Dix ans après les attentats de Paris, la colère et la tristesse restent vives pour la députée européenne et conseillère régionale normande Stéphanie Yon-Courtin. Le 13 novembre 2015, son cousin par alliance, Thomas Ayad, est mort à 32 ans sous les balles des terroristes. « Il travaillait au Bataclan ce soir-là, car il était chargé de projet pour le label Mercury, chez Universal. Il devait attendre les invités retardataires au café du Bataclan. C’est l’un des premiers malheureux à avoir été abattu. C’est étrange la mémoire, j’ai l’impression que c’était hier, et très loin à la fois. » « De plus en plus dans une logique de radicalité » Alors maire de Saint-Contest, petite commune voisine de Caen (Calvados), Stéphanie Yon-Courtin avait immédiatement appelé à « ne pas céder à la peur de l’autre, à se rassembler, casser les clichés. Une nécessité, et c’était exactement ce que représentait Thomas pour moi, avec un père d’origine algérienne, et une mère française catholique : une idée de ce qu’est la France, du vivre ensemble. » Que reste-t-il de ce vœu pieux, une décennie plus tard ? « Au-delà des hommages et cérémonies, qui sont importants, peu de choses ont changé. Pire, je trouve que l’on tombe de plus en plus dans une logique de radicalité, d’opposition, de communautarisme. Les réseaux sociaux amplifient cela, dès le plus jeune âge. On voit aussi que la menace est toujours bien présente avec l’essor du djihadisme en ligne. À tous niveaux dans la société, on a du mal à se parler, et c’est encore plus vrai sur des sujets comme le conflit israélo-palestinien. » « Faire corps au-delà des commémorations » Le constat est amer pour la femme politique : « Je ne veux pas que Thomas et les autres soient morts pour rien. Plus de 1 600 personnes étaient présentes à ses obsèques à Amiens, Keith Richards et Justin Bieber lui ont rendu hommage, car c’était quelqu’un qui savait rassembler tout en étant la simplicité même. Plus que par des paroles, on doit honorer sa mémoire par des actes. » La députée européenne n’a pas de remède miracle. « Bien sûr, ça passe par le contrôle des réseaux sociaux où l’on voit des déferlements de haine et de fake news. Mais c’est aussi le respect du socle républicain, fait de droits et de devoirs, et la capacité à s’écouter davantage. Faire corps au-delà des commémorations va demander beaucoup d’efforts. » Stéphanie Yon-Courtin, députée européenne, a perdu un proche lors des attentats du 13 novembre 2015, au Bataclan. Charles BURY / Ouest-France
Stéphanie Yon-Courtin