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Le Marin - Planification maritime : Stéphanie Yon-Courtin plaide pour un rééquilibrage en faveur de la pêche - 29/01/2026

Planification maritime : Stéphanie Yon-Courtin plaide pour un rééquilibrage en faveur de la pêche

La députée européenne, vice-présidente de la commission de la pêche, a présenté son projet de rapport sur l’impact de la planification de l’espace maritime. Elle y dresse le constat de conflits d’usage persistants et appelle à mieux sécuriser l’activité des pêcheurs et des aquaculteurs. La députée européenne Stéphanie Yon-Courtin, vice-présidente de la commission de la pêche (Pech), a présenté cette semaine son projet de rapport sur l’impact de la planification de l’espace maritime sur la pêche et l’aquaculture. Un texte qui dresse un constat sévère de l’échec du cadre actuel et entend peser dans la préparation de la future Loi océan, attendue fin 2026. La mer a profondément changé. C’est devenu un espace de cohabitation entre de nombreux secteurs économiques, mais aussi de rivalités avec, en plus, l’impact du changement climatique. Et cette cohabitation se transforme trop souvent en conflits d’usage, résume l’eurodéputée. Transport maritime, énergies marines renouvelables, aires marines protégées, extraction de granulats ou encore tourisme : la superposition des usages réduit progressivement les espaces de travail des professionnels. Les pêcheurs subissent un rétrécissement continu de leurs zones de pêche, notamment avec le déploiement de l’éolien en mer. Les aquaculteurs et conchyliculteurs sont eux aussi pénalisés par le manque d’espace et la pollution, observe Stéphanie Yon-Courtin. Une mise en œuvre très inégale Adoptée en 2014, la directive européenne sur la planification de l’espace maritime devait permettre d’anticiper ces tensions. Dix ans plus tard, le bilan est jugé insuffisant. Plus de dix ans après son adoption, on constate que la directive n’a pas atteint ses objectifs : les conflits d’usage persistent et, dans certains territoires, ils s’aggravent, tranche la députée. Une analyse étayée par une étude de l’EPRS, le service de recherche du Parlement européen, qui met en évidence une mise en œuvre très inégale entre États membres. La France fait partie des pays les plus avancés, avec une stratégie nationale et des plans par façade maritime. Mais cela ne suffit pas : il faut aller plus loin à l’échelle européenne, insiste-t-elle. Le rapport fixe plusieurs priorités, à commencer par la clarification du zonage maritime. Il faut un zonage spatial clair, avec des zones prioritaires pour la pêche, adaptées aux segments de flotte et aux bassins maritimes, plaide Stéphanie Yon-Courtin. Autre axe : mieux structurer le développement de l’aquaculture, notamment en facilitant l’octroi de permis. « Développer des stratégies macrorégionales » Mais c’est surtout sur la méthode que le texte entend marquer une rupture. La participation des parties prenantes, et en particulier des pêcheurs, doit devenir obligatoire et systématique dans l’aménagement de l’espace maritime, notamment pour les projets d’éolien en mer. Aujourd’hui, la concertation arrive trop souvent quand les décisions sont déjà prises. Le rapport défend également une planification maritime plus transfrontalière. La mer ne s’arrête pas aux frontières. Les poissons et la biodiversité non plus. Il faut développer des stratégies macrorégionales avec les États côtiers voisins. Au-delà du diagnostic, le texte se veut une contribution directe à la future Loi océan. Ce rapport vise à préfigurer l’Acte océan attendu fin 2026. C’est un moment clé pour garantir un cadre plus holistique, plus équilibré, qui protège ceux qui vivent de la mer, estime l’eurodéputée, qui alerte également sur les moyens financiers : On ne peut pas fragiliser la pêche et l’aquaculture sans garantir des budgets européens à la hauteur des ambitions affichées. Le calendrier est désormais enclenché : dépôt des amendements début février, adoption en commission pêche en mars, puis en séance plénière du Parlement européen en mai. Le rapport de la députée européenne Stéphanie Yon-Courtin, fixe plusieurs priorités, à commencer par la clarification du zonage maritime. Emilie GOMEZ