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Les Echos - La France porte son combat contre Shein à l'échelle européenne - 2025

La France porte son combat contre Shein à l'échelle européenne

L'offensive du gouvernement français se poursuit aussi à l'échelon européen face à la plateforme chinoise d'ultra fast-fashion. Dans un courrier à la Commission, Paris lui demande de « sévir ». La France a continué de faire monter la pression contre Shein, jeudi, en France, comme à l'échelle européenne. Après avoir annoncé mercredi une procédure de suspension contre Shein, un premier point d'étape doit avoir lieu ce vendredi, une fois passé un délai laissé à la plateforme pour se mettre en conformité. Deuxième lame, les autorités ont lancé jeudi une vaste opération de contrôle des colis de la plateforme chinoise qui arrivent à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.« Aujourd'hui, c'est 100 % de tous les colis arrivés depuis 24 heures qui sont bloqués, ce sont 200.000 colis qui seront ouverts par les douaniers et la DGCCRF, pour alimenter les trois procédures initiées par le Premier ministre », a déclaré sur place la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin. Qui a indiqué un peu plus tard que « les premiers constats font apparaître des produits non conformes et illicites : cosmétiques non autorisés, jouets dangereux pour les enfants, contrefaçons, appareils électroménagers défaillants ». Et de prévenir : « On n'arrêtera pas les contrôles tant que les normes ne seront pas respectées. » De son côté, le président exécutif de Shein, Donald Tang, a écrit mercredi soir au ministre du Commerce, Serge Papin, pour l'assurer de son « engagement indéfectible à respecter toutes les lois françaises », selon « Le Parisien ». Le dirigeant propose à Bercy une rencontre afin de présenter le « cadre de conformité » et « les mesures fermes et immédiates » prises par le géant du e-commerce. Mais c'est aussi à l'international que la France a poursuivi son offensive, jeudi. En visite à Shanghai, le ministre délégué au Commerce extérieur, Nicolas Forissier, a évoqué le sujet avec son homologue, le vice-ministre chinois au Commerce. Sur le front européen, la France a tenté de faire monter à bord ses partenaires. Et demandé à la Commission européenne de « sévir », en prenant des sanctions contre la marque de fast-fashion. Bruxelles partage les « inquiétudes » de la France Dans une lettre envoyée à Bruxelles, le ministre de l'Economie, Roland Lescure, et la ministre chargée du Numérique, Anne Le Henanff, ont demandé à Henna Virkkunen, vice-présidente de l'exécutif européen, chargée de la Souveraineté technologique, de prendre des mesures contre la plateforme numérique. « La France appelle la Commission européenne à se saisir pleinement de ses prérogatives, y compris à travers l'édition de mesures provisoires à l'encontre de la plateforme, et à conduire sans délai des investigations permettant de faire la pleine lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit à la commercialisation d'objets illégaux sur cette plateforme », écrivent les deux ministres. Anne Le Hénanff devait s'entretenir jeudi après-midi avec Henna Virkkunen, a fait savoir Bercy. L'UE a répondu, déclarant partager les « inquiétudes » de la France et prendre l'affaire « très au sérieux ». « Une plateforme qui permet sur son service la vente de contenus pornographiques ou d'armes ne correspond pas aux standards de l'UE, aux valeurs de l'UE et aux lois de l'UE », a ainsi déclaré Thomas Regnier, un porte-parole de la Commission européenne, lors d'une conférence de presse. Ce dernier a indiqué que Bruxelles avait déjà commencé à agir. « Nous avons déjà pris des mesures avec Shein dans le cadre de la DSA [la réglementation européenne sur les services numériques, NDLR], notamment sur la dissémination de produits illégaux. Nous continuons à surveiller activement la conformité de la plateforme à DSA », a-t-il prévenu. Interrogé sur la possibilité pour l'Europe de bloquer la plateforme, il a souligné que selon le règlement sur les services numériques, une telle mesure relevait de l'Etat membre où la plateforme est établie (en l'occurrence, l'Irlande, où Shein a implanté son siège européen). Il a précisé qu'elle ne pouvait être prise qu'en dernier ressort, si un « risque systémique » pour les consommateurs européens était avéré. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait plus tôt dans la matinée encore durci le ton. « Ça fait trois ans que les règles ont été adoptées, la Commission européenne doit sévir », avait-il exhorté sur la radio France Info. « La Commission a diligenté certaines enquêtes, elle doit maintenant les assortir de sanctions » contre la plateforme asiatique, a-t-il ajouté. Par ailleurs, à ses yeux, il faut aussi intervenir à l'échelon européen pour assurer un meilleur contrôle douanier. « Les douanes doivent se mobiliser et pas uniquement les effectifs des douanes françaises », a-t-il dit, relevant la présence de gardes frontières européens qui peuvent contrôler davantage le « flux massif de petits colis qui vient inonder nos villes et nos villages de produits contrefaits, de produits mauvais pour la santé ou de produits illicites ». « Ce n'est pas possible. On doit reprendre le contrôle de nos frontières s'agissant des produits qui rentrent sur le territoire de l'Union européenne et de la France », a-t-il conclu. La demande de la France est aussi appuyée par une question écrite adressée à la Commission européenne, à l'initiative de Stéphanie Yon-Courtin, députée européenne Renaissance et cosignée par plus de 40 eurodéputés. « En 2022, nous avons voté le DSA qui pose un principe clair : 'Ce qui est interdit hors ligne doit l'être en ligne'. Quand un magasin vend des produits illégaux ou dangereux, il doit fermer jusqu'à nouvel ordre. C'est exactement ce que je demande : la suspension de ces plateformes complices de pédocriminalité jusqu'à ce qu'elles démontrent qu'elles sont en règle », écrit l'eurodéputée. Selon la lettre adressée à la Commission par le ministère français des Finances, l'Europe peut infliger aux grandes plateformes en ligne des amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d'affaires mondial et prendre des mesures pour suspendre leurs activités, au titre de ce cadre. Reste à savoir, par ailleurs, si la France parviendra à embarquer d'autres grands pays de l'Union dans son combat. Une amende d'un million en Italie talie semble avoir une sensibilité proche : des événements Shein à Milan, comme les pop-up stores ou l'annonce d'un défilé, sont considérés par les observateurs comme une provocation dans la capitale lombarde qui valorise le Made in Italy. L'Autorité italienne de la concurrence a sanctionné Shein en lui infligeant une amende d'un million d'euros pour des allégations environnementales trompeuses, et la presse se fait l'écho du débat en France. Si le débat ne semble avoir enflammé l'Allemagne, le ton est aussi assez discret en Espagne : le pays suit le sujet avec intérêt, mais les autorités ont d'autres priorités à quelques jours d'une visite d'Etat à Pékin du couple royal espagnol. Dans un contexte de guerre commerciale, le Premier ministre Pedro Sanchez joue aussi la carte chinoise alors que les relations de Madrid avec Donald Trump sont plutôt mauvaises. Le géant de l'e-commerce chinois, qui a ouvert mercredi son premier magasin physique au BHV à Paris, fait l'objet de vives polémiques sur la nature des objets disponibles sur son site Internet français. Ce dernier explique avoir suspendu les ventes en France de sa « marketplace », c'est-à-dire les produits qui ne sont pas de sa marque mais proposés par des tiers. Un rapport transmis au parquet avait révélé la présence sur le site d'armes (poings américains, couteaux), dans un contexte de polémique, suite au signalement de la présence de poupées sexuelles à caractère pédopornographique.