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Le Marin - DÉCRYPTAGE. Tac et quotas 2026 : négociations à Bruxelles sur fond de tensions diplomatiques et difficultés économiques - 08/12/2025
DÉCRYPTAGE. Tac et quotas 2026 : négociations à Bruxelles sur fond de tensions diplomatiques et difficultés économiques
Tensions diplomatiques avec les États côtiers tiers du nord-est Atlantique et difficultés économiques du secteur forment la toile de fond des négociations sur les possibilités de pêche en 2026. Elles seront bouclées lors du prochain conseil des ministres européens de la pêche les 11 et 12 décembre à Bruxelles. La filière de la pêche européenne aborde chaque fin d’année avec fébrilité. C’est en effet à cette période que sont déterminés les futurs Tac (totaux admissibles de captures) et quotas de pêche pour l’année suivante. De ces négociations dépendent les conditions de travail à venir de la filière. Le conseil des ministres européens de la pêche des 11 et 12 décembre constituera le dernier round de ces négociations. Cette année, bien que les stocks partagés ne soient pas du ressort du conseil, les crispations diplomatiques et l’absence d’accord avec les pays tiers concernant la gestion des stocks pélagiques de la zone du nord-est Atlantique, marqueront de leur empreinte les discussions intra-Union européenne, note-t-on au ministère de la Mer et de la Pêche. Les pêcheurs européens ne veulent en effet pas porter seuls le poids de la préservation de la ressource en maquereau, alors qu’ une baisse de 77 % des captures est recommandée par les scientifiques et que les pays tiers (Norvège, îles Féroé…) continuent de pratiquer la surpêche. « Rétablir la confiance dans l’Union européenne » La filière française s’inquiète des conséquences de cette baisse drastique sur tout le secteur, car le maquereau est un stock stratégique, qui concerne presque tous les navires français , rappelle Olivier Le Nézet, président du Comité des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM). Et certains pans du secteur de constater, à l’instar des Pêcheurs de Bretagne (LPDB), une incapacité de l’Union européenne à défendre ses pêcheurs dans la négociation internationale . Dans un contexte de guerre en Ukraine, la Norvège dispose d’arguments (gaz, défense…), au regard desquels la pêche pourrait être sacrifiée , craint l’eurodéputée Stéphanie Yon-Courtin, de Renew, membre de la commission pêche du Parlement. L’entourage de la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, veut rétablir la confiance dans l’UE , et se propose, à défaut de pouvoir négocier avec les pays tiers, de porter avec d’autres pays membres une remise en question des préférences de La Haye, une clause favorable à l’Irlande en termes de quotas sur le maquereau. « État d’urgence » Concernant les stocks autonomes, c’est-à-dire ceux non partagés avec des pays tiers, les ministres évolueront comme chaque année sur une ligne de crête entre préservation de la ressource et soutenabilité des limites de captures pour une filière en grande difficulté. La filière est en état d’urgence sur toutes les façades maritimes , alerte Stéphanie Yon-Courtin. Les inquiétudes concernent notamment les efforts de pêche en Méditerranée. On réclame le maintien des mécanismes de compensation qui leur sont liés. Dans le golfe de Gascogne, les interrogations portent notamment sur le lieu jaune (recommandation de -40 %), ou encore les stocks de bar en hausse (recommandation de + 140 %), et en mer Celtique, la raréfaction des gadidés fait craindre la prise de mesures drastiques : Les Tac de merlan en mer Celtique, c’est - 65 % ! , s’alarme Stéphanie Yon-Courtin. Au-delà des discussions autour des différentes limites de caputres, pêcheurs et gouvernement porteront la semaine prochaine la nécessité d’une considération accrue des réalités socioéconomiques du secteur, de favoriser les plans pluriannuels de gestion, d’une meilleure prise en compte du dérèglement climatique qui entraîne des déplacements des stocks, mais aussi d’une plus grande considération des pêcheries mixtes : Le bar, le maquereau, le lieu jaune… Ce sont les mêmes métiers, rappelle Olivier le Nézet : limiter les captures de l’un pénalise les captures des autres. « Tous les ans, on y est » Les fronts sont donc multiples. Pour défendre les positions françaises, le ministère enverra à Bruxelles une délégation d’une vingtaine de personnes, dont des experts de l’Ifremer, avec l’idée, comme les années passées, que la science doit guider les négociations. Le CNPMEM et les organisations de producteurs seront également présents. Tous les ans, on y est. On est en première ligne pour apporter des éléments techniques et empiriques , indique Olivier Le Nézet, même si les pêcheurs ne sont pas à la table des négociations. Stéphanie Yon-Courtin ne se rendra, quant à elle, pas à Bruxelles, considérant que les négociations, opaques, sont déjà verrouillées et le Parlement européen n’y est, de toute façon, pas associé. Le conseil des ministres de la pêche au cours duquel seront négociés les Tac et quotas de l’année 2026 se tiendra jeudi et vendredi 11 et 12 décembre prochains. Gaëlle Lucas
Stéphanie Yon-Courtin