Inquiets, ces pêcheurs sont reçus à Bruxelles
Après les annonces de Jersey sur les aires marines protégées, les pêcheurs granvillais sont inquiets. Plusieurs d’entre eux ont rencontré Kóstas Kadís, le commissaire européen chargé de la Pêche, à Bruxelles. Inquiets pour l’avenir de leur profession, des pêcheurs normands se sont rendus à Bruxelles (Belgique), mercredi 15 octobre. Ils y ont rencontré Kóstas Kadís, le commissaire européen chargé de la Pêche et des Océans. Un mois plus tôt, accompagnés d’une trentaine de collègues, ces professionnels de la mer manifestaient sur le port de Granville. Leur crainte : les annonces de Jersey dans le cadre de son Plan d’aménagement de l’espace marin. Il prévoit la création d’aires marines protégées, excluant les arts traînants (dragues et chaluts), à compter du 1er septembre 2026. En parallèle de la manifestation, Bertrand Sorre, député de la Manche, sollicite Stéphanie Yon-Courtin. L’eurodéputée, vice-présidente de la commission pêche, organise alors une rencontre entre une délégation de pêcheurs normands et Kóstas Kadís, au Parlement européen. Deux sujets internationaux Sur la table, deux sujets internationaux. Depuis le Brexit, les îles anglo-normandes ont le contrôle de leurs eaux territoriales. « Les zones qui ont été désignées par Jersey dans le cadre de la création d’aires marines protégées sont celles les plus pratiquées par les arts traînants, indique Lucile Aumont, chargée de mission arts dormants au Comité régional des pêches de Normandie (CRPMEM), présente lors de l’entrevue, Il faut que l’on discute pour que Jersey puisse remplir ses engagements écologiques tout en permettant un maintien des activités de pêche. Nous voulons trouver une solution, pas tout bloquer. » Elle poursuit : « Nous avons également demandé à être observateurs lors des réunions du Quad meeting. Elles réunissent Jersey, la France, l’Europe et le Royaume-Uni. » Un plan de sortie de flotte évoqué Concernant les problématiques « franco-françaises », la délégation a évoqué le site Natura 2000 autour de Chausey. Il s’étend de la baie du Mont Saint-Michel à Agon-Coutainville ; et a pour but de maintenir la diversité biologique. « Il y aura aussi de futures mesures, souligne Lucile Aumont, ça fait beaucoup pour les pêcheurs. Si tout se met en place en même temps, on va pouvoir fermer le port de Granville. Il faut une approche globale. » Enfin, la situation compliquée des bulotiers a été soulevée. « À cause du réchauffement climatique, le bulot s’enfouit de plus en plus longtemps, rappelle Julien Mouton, pêcheur installé à Gouville-sur-Mer, qui s’est également rendu à Bruxelles, C’est catastrophique. » Les professionnels ne parviennent plus à faire leur quota. Le trentenaire poursuit : « 60 % des armateurs bulotiers de la baie de Granville (soit une trentaine de bateaux) sont pour un plan de sortie de flotte. » Il s’agit d’aider les armateurs en finançant la destruction de leur bateau. La licence de l’armateur disparaît également et n’est pas réattribuée. « Nous rassemblons des éléments depuis un an pour en faire la demande auprès de l’État français, ajoute Lucile Aumont. C’est un processus complexe. » À l’issue de l’entrevue, Kóstas Kadís a pris deux engagements : évoquer le les aires marines protégées lors d’une rencontre avec les autorités britanniques et de Jersey, en novembre, et demander le report de leur mise en place à 2030 suite à la demande des représentants des pêcheurs normands, bretons et jersiais. Il a aussi indiqué vouloir se rendre à Granville pour soutenir la pêche artisanale. La délégation espère une rencontre d’ici la fin 2025. Les pêcheurs de la baie de Granville sont inquiets pour l’avenir de leur profession. Mathis HARPHAM / Archives Ouest-France
Stéphanie Yon-Courtin