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La Tribune - OPINION. « L'exposition aux réseaux sociaux endommage la santé mentale de millions d'enfants » - 25/01/2026
OPINION. « L'exposition aux réseaux sociaux endommage la santé mentale de millions d'enfants »
La députée Laure Miller, qui porte la loi sur l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, Laure Boutron-Marmion et Chloé Morin déplorent les conséquences liées à l'utilisation de ces plateformes par les plus jeunes. Le texte, qui sera débattu lundi 26 janvier à l'Assemblée nationale, fera l'objet d'une procédure accélérée, afin de permettre son application en septembre 2026, a indiqué Emmanuel Macron. Les alertes de la science sont désormais incontestables. Plusieurs rapports et, à travers eux, de nombreux experts en contact quotidien avec notre jeunesse, mettent en garde. L’exposition permanente aux réseaux sociaux modifie la structure du cerveau. Le sommeil se dégrade, la concentration chute, l’anxiété explose. L’empathie s’effrite, alors qu’elle est le socle même du lien social et de l’identité. C’est la santé mentale de millions d’enfants et d’adolescents qui est aujourd’hui endommagée. Ainsi, nous voyons grandir une génération les yeux baissés – non par timidité, mais parce que tout se joue désormais sur un écran. Jamais les jeunes n’ont eu accès à autant d’images, et pourtant jamais ils n’ont semblé si loin du monde. Jamais ils n’ont eu autant d’amis « connectés », et pourtant jamais ils n’ont semblé si seuls. Les réseaux sociaux avaient promis de relier. Ils ont fragmenté. Ils avaient promis d’informer. Ils ont saturé. Ils avaient promis de divertir. Ils ont enfermé. Le modèle économique qui s’est emparé de notre attention n’a rien de neutre. Il nous vole notre temps, notre regard, notre présence au monde. Il transforme la curiosité en addiction et les émotions en marchandises. Et il emporte nos enfants avec lui. Or, une société qui laisse son enfance devenir un marché met en péril son humanité. Le constat est sans appel. Nos enfants lisent moins, bougent moins, dorment moins, se comparent davantage. Ils voient défiler des milliers d’images chaque jour, mais n’en retiennent aucune. Ils perdent peu à peu le goût du réel. Nous refusons que l’enfance devienne un marché et que notre jeunesse soit le terrain de jeu des algorithmes. À ceux qui invoquent un « droit à la connexion » ou un « droit au divertissement », nous répondons ceci : ces droits ne valent rien si, chaque jour, les plateformes piétinent le droit à la vie privée, le droit à la santé, le droit d’être protégé contre la pédocriminalité et toute forme de violence ou encore leur droit à une information fiable et adaptée. Nous appelons à un sursaut collectif en faveur de notre jeunesse. Cela suppose de la protéger, bien sûr – en limitant l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans, en formant les éducateurs et les professionnels de santé, en accompagnant les parents pour que l’écran ne vienne plus troubler la relation, qu’il redevienne secondaire, et que l’essentiel – le regard, la présence, le temps partagé – reprenne toute sa place. Mais aussi de lui offrir mieux en réenchantant la vie réelle. Créer des lieux de lien, de culture, de sport, d’amitié. Donner aux jeunes des raisons de lever les yeux, de respirer, d’espérer. Nous croyons que la beauté sauve, que la lecture nourrit, que le sport libère, que l’art éveille. Nous croyons que l’ennui et la lenteur sont des sources d’imagination et que la rencontre est toujours une forme de magie. Nous croyons qu’un enfant a besoin de tout cela pour devenir un adulte debout, relié au monde et capable de le transformer. Il ne s’agit pas de rejeter la modernité, mais d’y remettre de l’humain. Il ne s’agit pas de punir les jeunes mais de leur redonner le goût du monde, leur offrir à nouveau le droit de lever les yeux. Signataires - Laure Miller (députée EPR de la Marne) - Laure Boutron-Marmion, au nom du collectif Algos Victima (avocate) - Chloé Morin (essayiste) - Luce Albert (maîtresse de conférences en Lettres à l’Universite d’Angers) - Pascal-Raphaël Ambrogi (écrivain) - Florence Askenazy (professeur de Psychiatrie de l’enfant, directrice du centre pédiatrique du psychotraumatisme de Nice) - Gilles Babinet (ancien coprésident du Conseil national du numérique) - Stéphane Blocquaux (docteur et maître de conférence en sciences de l’information et de la communication) - Jean-Marie Cavada (président de iDFrights) - Sylvie Dieu Osika (pédiatre, Membre fondatrice du collectif surexposition écrans- - Agnès Fabre (professeure certifiée de lettres classiques, membre fondateur du collectif Education numérique raisonnée) - Régine Hatchondo (présidente du Centre national du livre) - Elisa Jadot (journaliste, auteure et réalisatrice du documentaire « Emprise numérique, 5 femmes contre les Big 5 ») - Gaspard Koenig (philosophe, essayiste et romancier) - Yves Marry (cofondateur et délégué général de Lève les Yeux) - Nicolas Mathieu (écrivain, Prix Goncourt 2018) - Eric Osika (pédiatre, contributeur au rapport de l’ANSES sur les effets des réseaux sociaux) - Abel Quentin (écrivain) - Marie-Do Aeschlimann (sénatrice LR des Hauts-de-Seine) - Josiane Corneloup (députée DR de Saône-et-Loire) - Constance De Pelichy (députée LIOT du Loiret) - Laurence Garnier (sénatrice LR de de la Loire-Atlantique) - Ayda Hadizadeh (députée SOC du Val d’Oise) - Xavier Iacovelli (sénateur RDPI des Hauts-de-Seine) - Delphine Lingemann (députée DEM du Puy-de-Dôme) - Hervé Saulignac (député SOC de l’Ardèche) - Antoine Vermorel-Marques (député DR de la Loire) - Stéphanie Yon Courtin (députée européenne Renew) -Laurent Marcangeli, député de la Corse-du-Sud
Stéphanie Yon-Courtin