L’Europe face au piège américain : pourquoi nous devons dire non !
Entre concessions commerciales et renoncements stratégiques, le nouvel accord transatlantique fragilise l’autonomie de l’Union européenne. Au-delà de l’économie, c’est un choix de société qui se joue : l’indépendance du continent ou sa soumission, alerte le collectif de signataires de cette carte blanche. L’Europe est en train de tomber dans le piège américain. Derrière le vernis diplomatique d’un nouvel accord transatlantique, présenté le 21 août, se cache une logique implacable : notre dépendance économique, énergétique et militaire vis-à-vis de Washington. Ce qui est vendu comme une « coopération renforcée » est en réalité un acte de soumission. Depuis la rencontre de Turnberry le 27 juillet, les négociations entre l’Union européenne et les Etats-Unis se sont accélérées pour aboutir à ce texte qui engage l’avenir de notre continent. Et le résultat est édifiant : 1. Une ouverture unilatérale de nos marchés : l’Europe supprime la quasi-totalité de ses droits de douane sur les produits industriels américains, quand Washington impose un plafond de 15 % sur les exportations européennes. 2. Un sacrifice de notre agriculture : produits laitiers, fruits, légumes, viandes américains auront un accès préférentiel à notre marché. 3. Une dépendance énergétique programmée : l’Europe est contrainte d’acheter pour 750 milliards de dollars de gaz, pétrole et produits nucléaires américains d’ici 2028. 4. Un détournement massif de nos investissements : 600 milliards de dollars d’investissements européens devront être injectés aux Etats-Unis dans des secteurs stratégiques d’ici 2028. Rappelons que le rapport Mario Draghi estimait nos propres besoins d’investissement à 750 à 800 milliards d’euros par an pour réussir la transition verte et digitale. 5. Une dépendance militaire accrue : l’Europe devra se fournir en équipements américains, alors même que nous ambitionnions de bâtir une base industrielle de défense européenne. 6. Un recul de nos normes sociales et environnementales : l’accord ouvre la porte à des « flexibilités » sur le mécanisme d’ajustement carbone (CBAM) et sur nos directives de responsabilité des entreprises (CS3D, CSRD), au détriment de nos valeurs. Non à une Europe au rabais ! En l’état, cet accord n’est pas un simple traité commercial. C’est un acte de soumission maquillé en coopération. Il brade notre agriculture, mine nos standards sociaux et environnementaux, enferme l’Europe dans une dépendance énergétique et militaire colossale. Au vu des dernières déclarations de Donald Trump, il n’offre pas non plus la stabilité et la prévisibilité promises. Accepter un tel deal, c’est admettre que l’Europe ne peut plus décider seule de son avenir. L’histoire nous enseigne que jamais un peuple ne s’est émancipé en restant sous tutelle. Ceux qui acceptent de céder, en espérant limiter la casse, finissent toujours par être réduits à une peau de chagrin. C’est exactement la trajectoire que nous trace cet accord : une Europe contrainte, dépendante, incapable de défendre ses citoyens. Cet accord brade notre agriculture, mine nos standards sociaux et environnementaux, enferme l’Europe dans une dépendance énergétique et militaire colossale L’enjeu dépasse le simple commerce. C’est un choix de civilisation. Voulons-nous une Europe « au rabais », soumise aux exigences de Washington, ou une Europe fière, souveraine, capable de protéger ses citoyens, ses standards et son modèle social ? Il est temps de réinventer notre stratégie commerciale pour tenir compte de cette nouvelle réalité. Et pour éviter une double défaite : économique et de nos valeurs. Face à cette menace, notre responsabilité est claire : nous devons dire non. Non à un accord qui mettrait l’Europe à genoux. Oui à un débat transparent au Parlement européen. Oui à une alternative qui serve nos citoyens et non les intérêts de Donald Trump. Refuser ce deal, c’est affirmer que l’Europe peut décider de son destin, protéger ses standards et construire un avenir indépendant et durable. Accepter, c’est graver dans le marbre notre dépendance et renoncer à notre émancipation. Aujourd’hui, le choix est simple mais crucial : la soumission ou l’indépendance. Réveillons-nous, unissons-nous : l’avenir de l’Europe en dépend. *Signataires : Yvan Verougstraete, député européen (Renew Europe, Belgique) ; Guy Verhofstadt, ancien député européen (Renew Europe, Belgique), ancien Premier ministre de la Belgique ; Elio Di Rupo, député européen (S&D, Belgique), ancien Premier ministre de la Belgique ; Sophie Wilmès, vice-présidente du Parlement européen (Renew Europe, Belgique), ancienne Première ministre de la Belgique ; Sandro Gozi, député européen (Renew Europe, France) ; Stéphanie Yon-Courtin, députée européenne (Renew Europe, France) ; Benoît Cassart, député européen (Renew Europe, Belgique) ; Saskia Bricmont, députée européenne (Les verts, Belgique) ; Christophe Grudler, député européen (Renew Europe, France) ; Michal Kobosko, député européen (Renew Europe, Pologne) ; Olivier Chastel, député européen (Renew Europe, Belgique) ; Eric Sargiacomo, député européen (S&D, France) ; François Kalfon, député européen (S&D, France) ; Sara Matthieu, députée européenne (Les verts, Belgique) ; Gerben-Jan Gerbrandy, député européen (Renew Europe, Pays-Bas) ; Grégory Allione, député européen (Renew Europe, France) ; Ciaran Mullooly, député européen (Renew Europe, Irlande) ; Vicent Marzà Ibáñez, député européen (Les verts, Espagne) ; Raquel García Hermida-van der Walle, députée européenne (Renew Europe, Pays-Bas) ; Brigitte Van den Berg, députée européenne (Renew Europe, Pays-Bas).
Stéphanie Yon-Courtin