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Bulletin Quotidien - La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google et s'attire les foudres du président américain Donald TRUMP - 08/09/2025
La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google et s'attire les foudres du président américain Donald TRUMP
La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google et s'attire les foudres du président américain Donald TRUMP La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google et s'attire les foudres du président américain Donald TRUMP La Commission européenne a infligé vendredi une amende de 2,95 milliards d'euros à Google, pour non-respect des règles de concurrence de l'UE. A l'issue d'une longue enquête, l'exécutif européen a en effet conclu que l'entreprise abuse de sa position dominante dans le secteur de la publicité en ligne. La Commission européenne est passée à l'action malgré les menaces de représailles proférées par le président américain Donald TRUMP. Ce dernier a d'ailleurs protesté dès vendredi sur son réseau Truth Social, constatant que "L'Europe a "attaqué" aujourd'hui une autre grande entreprise américaine, Google". Le président américain assure dans le même message que si l'Union européenne ne revient pas sur les amendes "injustes" infligées à Google mais aussi à Apple, il sera "contraint" de déclencher un mécanisme de droits de douane punitifs, la "Section 301". "L'Union européenne doit IMMEDIATEMENT arrêter ces pratiques contre les entreprises américaines", a-t-il ajouté. Dans le détail, la Commission européenne estime que Google favorise ses propres services de technologie publicitaire en ligne au détriment d'autres fournisseurs concurrents. Dans un communiqué, la Commission rappelle que la principale source de revenus de Google est la publicité. En effet, Google vend des publicités sur ses propres sites et ses applications, et joue le rôle d'intermédiaire entre les annonceurs qui veulent placer leurs publicités en ligne et les éditeurs qui disposent de ces espaces en ligne. Les éditeurs et les annonceurs dépendent d'outils numériques de publicité en ligne pour placer ces publicités en ligne, par exemple sous forme de bannières sur certains sites (par exemple sur les sites de médias). Ces publicités n'ont d'ailleurs souvent pas de lien avec le contenu de la page consultée. Concrètement, l'industrie de la publicité en ligne fournit différents outils, afin de permettre à ces publicités de se retrouver en ligne. Il y a des plateformes d'achat d'annonces publicitaires (chez Google, c'est "Google Ads" et "DV360"), il y a des serveurs publicitaires pour éditeurs ("Google DoubleClick For Publishers", ou DFP) et des bourses d'annonces publicitaires ("AdX" chez Google). Ce sont les plateformes d'achat "Google Ads" et "DV360" ainsi que le service "DFP" (sur le marché des serveurs publicitaires pour éditeurs) qui sont pointés du doigt par la Commission. La Commission reproche à Google de favoriser "AdX" dans le processus de sélection d'annonces géré par "DFP", par exemple en informant "AdX" à l'avance de la valeur de la meilleure offre des concurrents qu'elle devait battre pour remporter l'enchère. Elle estime aussi que Google favorise sa bourse d'annonces publicitaires "AdX" dans la manière dont ses outils d'achat d'annonces publicitaires "Google Ads" et "DV360" soumettent des offres sur les bourses d'annonces publicitaires. "Par exemple, "Google Ads" évitait les bourses d'annonces publicitaires concurrentes et soumettait principalement des offres sur "AdX", ce qui en faisait la bourse d'annonces publicitaires la plus attrayante", note l'exécutif européen. La Commission ordonne donc à Google de mettre fin à ces pratiques dites d'autopréférence (ou "self-preferencing"), et de mettre en œuvre des mesures visant à "éliminer les conflits d'intérêts" qui existent actuellement. Google a 60 jours pour informer la Commission des mesures qu'elle entend prendre pour rétablir la concurrence sur ce marché de la publicité en ligne. Elle a 30 jours supplémentaires pour mettre en œuvre ces mesures. Google a déjà annoncé son intention de faire appel. Mais même si le dossier finit par atterrir sur le bureau des juges de la Cour de justice de l'UE à Luxembourg, le délai des 60 jours reste de mise, précise une source à la Commission. "Google doit maintenant présenter une mesure corrective sérieuse pour remédier à ses conflits d'intérêts, et si elle ne le fait pas, nous n'hésiterons pas à imposer des mesures correctives solides", a souligné Mme Teresa RIBERA, vice-présidente exécutive de la Commission responsable d'une transition propre, juste et compétitive. La Commission avait menacé dès 2023 d'exiger la scission d'une partie des activités du groupe dans ce domaine de la publicité en ligne, ce qu'elle n'a finalement pas décidé à ce stade. Mais la même source explique qu'il y a de fortes chances que Google ne trouve pas d'autre solution pour se plier aux exigences de l'exécutif européen. L'amende aurait a priori pu être infligée à Google plus tôt au cours de la semaine dernière (selon des sources concordantes, elle était "prête" dès le lundi 1er septembre). Le commissaire européen responsable du Commerce et de la sécurité économique, M. Maros SEFCOVIC a demandé le report de l'amende, sur fond de tensions entre l'UE et les Etats-Unis. M. SEFCOVIC s'est expliqué lors d'une conférence de presse organisée en milieu de semaine dernière. Il a déclaré soutenir "pleinement l'enquête" menée par l'exécutif européen. La crainte principale, à Bruxelles, est de voir le président américain Donald TRUMP ne pas tenir ses promesses concernant les droits de douane et d'augmenter certains d'entre eux, si l'UE dégaine effectivement son arsenal législatif dans le domaine du numérique. Fin août, sur son réseau social Truth Social, M. TRUMP avait mis en garde contre toutes "taxes, législation ou régulation conçues pour toucher ou discriminer la technologie américaine". S'il ne cite pas directement l'UE, cette dernière s'était malgré tout sentie visée. Mais cela n'a pas empêché la Commission d'agir. Il n'y a pas qu'au niveau européen que Google est dans le viseur : en France, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a infligé la semaine dernière une amende record de 325 millions d'euros à Google pour ses pratiques publicitaires ciblées et sa politique d'utilisation des "cookies". Le groupe a aussi été condamné mercredi aux Etats-Unis à verser 425,7 millions de dollars de dommages à près de 100 millions d'utilisateurs pour atteinte à leur vie privée, selon la décision d'un jury d'une cour fédérale de San Francisco confirmée par le géant américain. En revanche, Google a remporté une victoire judiciaire majeure mardi aux Etats-Unis : un juge de Washington lui a imposé des exigences strictes sur le partage des données afin de rétablir l'équité dans la concurrence sur la recherche en ligne, mais sans l'obliger à céder son navigateur phare Chrome, comme exigé par le gouvernement américain. Selon Mme Stéphanie YON-COURTIN, députée européenne membre du groupe Renew Europe, cette amende européenne "adresse un message clair : l'UE n'hésitera pas à tenir tête aux géants du numérique lorsqu'ils abusent de leur position dominante". Elle le martèle : "La concurrence loyale sur le marché numérique n'est pas négociable." Ce n'est pas la première fois que la Commission européenne prononce une sanction contre le groupe basé à Mountain View, dans la Silicon Valley. Elle lui a infligé une amende de 4,1 milliards d'euros en 2018 pour abus de position dominante du système d'exploitation Android, et une autre de 2,4 milliards d'euros en 2017 pour pratiques anticoncurrentielles sur le marché des comparateurs de prix.
Stéphanie Yon-Courtin