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Les Echos - Shein : la France demande à l'Europe de « sévir » et lance une vaste opération pour contrôler les colis à Roissy - 06/11/2025

Shein : la France demande à l'Europe de « sévir » et lance une vaste opération pour contrôler les colis à Roissy

Le gouvernement français fait monter la pression en exhortant la Commission européenne à sanctionner la plateforme chinoise, qui tente de montrer patte blanche dans un courrier adressé à Bercy. « Des produits non conformes et illicites » ont été découverts par les douanes. La France passe à l'action contre Shein. Après avoir annoncé mercredi une procédure de suspension contre Shein, les autorités ont lancé ce jeudi une vaste opération de contrôle des colis de la plateforme chinoise qui arrive à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. « Aujourd'hui, c'est 100 % de tous les colis arrivés depuis 24 heures qui sont bloqués, ce sont 200.000 colis qui seront ouverts par les douaniers et la DGCCRF, pour alimenter les trois procédures initiées par le Premier ministre », a déclaré sur place la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin. Menée conjointement par la répression des fraudes (DGCCRF), les douanes et la gendarmerie du transport aérien, cette opération doit permettre de s'assurer de la conformité des produits, notamment en vérifiant la « véracité des déclarations et le respect des obligations fiscales et douanières », a précisé la ministre des Comptes publics. « Les premiers constats font apparaître des produits non conformes et illicites : cosmétiques non autorisés, jouets dangereux pour les enfants, contrefaçons, appareils électroménagers défaillants », a indiqué la ministre. Et de prévenir : « On n'arrêtera pas les contrôles tant que les normes ne seront pas respectées. » Shein montre patte blanche Message bien reçu de la part de Shein, dont le président exécutif Donald Tang a envoyé dès mercredi soir une lettre à Bercy pour montrer patte blanche. Dans ce courrier révélé par « Le Parisien », il assure l'« engagement indéfectible à respecter toutes les lois françaises » de la plateforme asiatique, et propose au ministre Papin une rencontre afin de lui présenter le « cadre de conformité » et « les mesures fermes et immédiates » prises. « En suspendant temporairement les ventes réalisées par des vendeurs tiers ainsi que les ventes des produits Shein ne relevant pas du secteur de l'habillement, nous avons l'intention de créer les conditions nécessaires pour collaborer étroitement avec vous et les autorités compétentes, en veillant à ce que les mesures correctives que nous mettons en place soient à la fois robustes et transparentes », soutient-il. C'est que les menaces qui pèsent sur la plateforme sont grandes. Plus tôt ce jeudi matin, la France a demandé à la Commission européenne de « sévir » en prenant des sanctions contre la marque de fast-fashion. Dans une lettre envoyée à Bruxelles, le ministre de l'Economie Roland Lescure et la ministre chargée du Numérique Anne Le Hénanff ont demandé à Henna Virkkunen, vice-présidente de l'exécutif européen, chargée de la souveraineté technologique, de prendre des mesures contre la plateforme chinoise. « La France appelle la Commission européenne à se saisir pleinement de ses prérogatives, y compris à travers l'édition de mesures provisoires à l'encontre de la plateforme, et à conduire sans délai des investigations permettant de faire la pleine lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit à la commercialisation d'objets illégaux sur cette plateforme », écrivent les deux ministres. Anne Le Hénanff devait s'entretenir jeudi après-midi avec Henna Virkkunen, a fait savoir Bercy. L'UE partage les « inquiétudes » de la France L'UE a répondu à la France en déclarant partager ses « inquiétudes » et prendre l'affaire « très au sérieux ». « Une plateforme qui permet sur son service la vente de contenus pornographiques ou d'armes ne correspond pas aux standards de l'UE, aux valeurs de l'UE et aux lois de l'UE », a ainsi déclaré Thomas Regnier, un porte-parole de la Commission européenne, lors d'une conférence de presse. Il a prévenu que « des prochaines étapes » pourraient être prises par la Commission sur le sujet. Le géant de l'e-commerce chinois, qui a ouvert mercredi son premier magasin physique au BHV à Paris, fait l'objet de vives polémiques sur la nature des objets disponibles sur son site Internet français. Un rapport transmis au parquet a révélé la vente de machettes et de poings américains, dans un contexte de polémique autour des poupées sexuelles à caractère pédopornographique proposées sur la plateforme. Dans ce contexte, le gouvernement français a lancé mercredi une procédure de suspension de la plateforme et la marque chinoise a annoncé stopper temporairement les mises en ligne de vendeurs tiers indépendants sur son site le temps de procéder à un examen exhaustif des produits vendus. Amendes possibles Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait plus tôt dans la matinée encore durci le ton. « Ça fait trois ans que les règles ont été adoptées, la Commission européenne doit sévir », avait-il exhorté sur la radio France Info. « La Commission a diligenté certaines enquêtes, elle doit maintenant les assortir de sanctions » contre la plateforme asiatique, a-t-il ajouté. La Commission européenne est saisie au sujet de « toutes les plateformes que ce soient les salles de marché, celles où on s'échange des produits ou que ce soient les réseaux sociaux » sans véritable effet, a-t-il souligné, citant les « abus qui posent des questions d'ordre public, de sécurité publique ». « Tout cela, nous l'avons encadré par des règles qui ne sont pas respectées. Donc la Commission européenne doit sévir », a-t-il martelé. VIDEO - Scandale des poupées : que risque Shein ? https://www.dailymotion.com/video/x9t6srk Cette demande du gouvernement français est appuyée par une question écrite adressée à la Commission européenne, à l'initiative de Stéphanie Yon-Courtin, députée européenne Renaissance et cosignée par plus de 40 eurodéputés. « En 2022, nous avons voté le DSA, qui pose un principe clair : 'Ce qui est interdit hors ligne doit l'être en ligne'. Quand un magasin vend des produits illégaux ou dangereux, il doit fermer jusqu'à nouvel ordre. C'est exactement ce que je demande : la suspension de ces plateformes complices de pédocriminalité jusqu'à ce qu'elles démontrent qu'elles sont en règle », écrit l'eurodéputée. Selon la lettre adressée à la Commission par le ministère français des Finances, l'Europe peut infliger aux grandes plateformes en ligne des amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d'affaires mondial et prendre des mesures pour suspendre leurs activités, au titre du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA). Jean-Noël Barrot a déploré le fait qu'on ait « laissé prospérer des grandes plateformes dont les règles sont fixées par des milliardaires chinois et américains et qui viennent perturber la vie économique, sociale, démocratique de la nation ». « Les douanes doivent se mobiliser » Le ministre s'est par ailleurs interrogé sur les mesures à prendre sur l'ouverture des magasins Shein, qui concurrence « le petit commerce ». « Si nous ne faisons rien, si nous laissons faire, nous allons voir les petits commerces disparaître de nos centres-villes et du centre de nos villages et ce sera la mort de nos villes et nos villages », a-t-il mis en garde. Là encore, il a appelé à la mobilisation au niveau européen. « Les douanes doivent se mobiliser et pas uniquement les effectifs des douanes françaises », a-t-il dit, relevant la présence de gardes frontières européens qui peuvent contrôler davantage le « flux massif de petits colis qui vient inonder nos villes et nos villages de produits contrefaits, de produits mauvais pour la santé ou de produits illicites ». « Ce n'est pas possible. On doit reprendre le contrôle de nos frontières s'agissant des produits qui rentrent sur le territoire de l'Union européenne et de la France », a-t-il conclu. Reste à savoir, par ailleurs, si la France parviendra à embarquer d'autres grands pays de l'Union dans son combat. L'Italie semble avoir une sensibilité proche : des événements Shein à Milan, comme les pop-up stores ou l'annonce d'un défilé, sont considérés par les observateurs comme une provocation dans la capitale lombarde qui valorise le made in Italy. L'Autorité italienne de la concurrence a sanctionné Shein en lui infligeant une amende d'un million d'euros pour des allégations environnementales trompeuses, et la presse se fait l'écho du débat en France. Le ton est plus discret en Espagne, qui suit le sujet avec intérêt, mais les autorités ont d'autres priorités à quelques jours d'une visite d'Etat à Pékin du couple royal espagnol.