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Les Echos - « Ceux qui détruisent le Pacte vert sont au mieux dans le déni, au pire des promoteurs de dépendances » - 13/05/2026
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L'Europe reste dépendante à 58 % des importations d'énergie et paie le prix de cette dépendance à chaque nouvelle crise. Treize eurodéputés du groupe Renew Europe, dont Christophe Grudler, Pascal Canfin et Valérie Hayer, appellent à accélérer la transition énergétique via le Pacte vert, à l'heure où celui-ci est pris pour cible par l'extrême droite. Nos dépendances énergétiques ne sont pas nouvelles. Mais elles nous frappent plus durement à chaque crise, nous rappelant avec brutalité jusqu'où nous avons laissé d'autres décider à notre place. À chaque fois, Français et Européens en paient le prix. Les prix du litre d'essence et de gazole ont dépassé les deux euros à la pompe en France. Comment pouvons-nous expliquer aux Français et Européens qu'ils doivent vivre au gré des fluctuations des prix de l'énergie parce que des dirigeants, à l'image de Donald Trump et Vladimir Poutine, ont fait le pari de l'instabilité ? 58 % d'importation d'énergie étrangère Si les choix énergétiques de la France (nucléaire, éolien et solaire) nous protègent en partie des chocs sur les prix du pétrole et du gaz, cette protection reste incomplète. L'économie européenne dépend à 58 % des importations d'énergie produites au-delà de nos frontières. Chaque année, l'Europe dépense plus de 400 milliards d'euros en hydrocarbures achetés à l'étranger, autant d'argent qui quitte notre économie. Et alors que nous nous détournons enfin du gaz russe, l'Europe semble se laisser séduire par le GNL américain, au risque de s'enfermer dans une spirale qui déplace un problème sans chercher à le résoudre. C'est une erreur majeure : remplacer une dépendance par une autre n'est pas une stratégie, c'est une fuite en avant. Alors que faire pour reprendre le contrôle ? La décarbonation, l'électrification des usages, et la nécessaire indépendance énergétique font, en toute logique, leur réapparition dans le débat public comme solution à moyen et long-terme. Ces objectifs, nous les avons pressentis et concrétisés en faisant voter le Pacte vert européen. Celui-là même qui est aujourd'hui pris pour cible par l'extrême droite. « Il mériterait d'être renommé Pacte d'indépendance » Ses détracteurs en font le bouc émissaire de tous nos maux. La réalité économique, énergétique et climatique de la France et du reste de l'Europe démontre pourtant que le Pacte vert est la clé de notre souveraineté énergétique et de notre compétitivité. Il mériterait d'être renommé Pacte d'indépendance. Parce qu'il nous libère des énergies fossiles que nous ne produisons pas, qui pèsent sur le pouvoir d'achat des ménages et la trésorerie des entreprises. Parce qu'il mise sur l'hydrogène, les renouvelables, l'hydraulique, la géothermie et de plus en plus, grâce à la France, le nucléaire : des énergies propres, et surtout, des énergies produites sur le sol européen. Ceux qui le détruisent sont au mieux dans le déni, au pire des promoteurs de dépendances. Les consommateurs ont bien compris que la décarbonation et l'électrification de nos usages sont notre avenir énergétique. En France, le marché d'occasion des véhicules électriques a ainsi bondi de plus de 43 % sur un an en mars 2026. À tel point que le Rassemblement national, qui faisait jusqu'alors de la voiture électrique un épouvantail, se voit contraint de faire volte-face. Une habitude pour ce parti qui dit tout et son contraire, en fonction du sens du vent. Nous devons accélérer ce Pacte d'indépendance et non le torpiller. Le FMI lui-même appelle l'Europe à tenir ce cap. , Le cap que nous avions fixé est le bon : les faits nous donnent raison. Nos politiques publiques doivent accompagner la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique que les consommateurs ont déjà choisie, pas les freiner. Accélérer l'électrification des usages devient donc un impératif stratégique pour réduire durablement notre dépendance aux fossiles et à la volatilité des prix. Cette voie réconcilie ce que certains opposent à tort : souveraineté, écologie et pouvoir d'achat. L'Europe doit soutenir - y compris financièrement - le renouvellement électrique des flottes des entreprises, le leasing social pour les petites voitures électriques fabriquées en Europe et la décarbonation de la mobilité, de nos logements et de notre industrie. Nous devons accélérer ce Pacte d'indépendance et non le torpiller. Le FMI lui-même appelle l'Europe à tenir ce cap. Cela nécessite d'investir massivement dans notre indépendance énergétique, notamment grâce à un emprunt commun européen que nous défendons. Taxer moins l'électricité que les fossiles À court terme, l'Europe doit prendre des mesures d'urgence afin d'appuyer les Etats dans cette crise énergétique. L'achat de gaz en commun, comme nous l'avions fait en 2022, permettrait d'en réduire le coût. En parallèle, il faut agir sur les énergies plus propres : taxer moins l'électricité que les fossiles, assouplir l'encadrement des aides d'Etat dans le secteur énergétique pour baisser le prix des factures des Européens. Les aides d'aujourd'hui doivent construire la transition de demain, et non plus inciter la consommation de combustibles fossiles, pour enfin nous en détourner. L'Europe a trop longtemps subi. Il est temps qu'elle choisisse. Et ce choix s'appelle le Pacte d'indépendance.
Les signataires de cette tribune sont les députés européens membres de la délégation L'Europe Ensemble, siégeant au sein du groupe Renew Europe, au Parlement européen : Christophe Grudler, Pascal Canfin, Valérie Hayer, Laurence Farreng, Grégory Allione, Gilles Boyer, Jérémy Decerle, Valérie Devaux, Sandro Gozi, Bernard Guetta, Fabienne Keller, Nathalie Loiseau et Stéphanie Yon-Courtin.
Stéphanie Yon-Courtin