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Les négociations sur le Fonds de relance doivent être dissociées de celles sur le budget de l'UE post-2020, selon Mário Centeno

Bruxelles, 21/04/2020 

Le Fonds de relance, dont discuteront les dirigeants européens jeudi 23 avril, devra être mis en place « dans les semaines à venir » pour stimuler la relance de l'économie et ne peut donc faire partie des négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027, a estimé le président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, mardi 21 avril, devant la commission des affaires économiques et financières du Parlement européen. Nous devons être « ambitieux » pour trouver « de façon innovante » de « l'argent frais » dont les coûts seront répartis dans le temps, a déclaré le ministre portugais lors d'une allocution par visioconférence. Il ne faut « pas répéter les discussions sur le CFP », dans la mesure où le Fonds de relance « doit être déployé rapidement » lorsque le confinement cessera, a-t-il ajouté, pariant sur des décisions politiques « dans les semaines à venir ».

En cas d'échec, certains États membres feraient face à un endettement public tel qu'un risque de fragmentation de la zone euro pourrait émerger, a-t-il prévenu, désireux d'éviter que ressurgissent « les mauvais souvenirs » de la crise de la dette financière de 2012.

M. Centeno a reconnu que les positions divergeaient entre les pays désireux de mutualiser de la dette au niveau européen pour financer le Fonds de relance et d'autres qui s'y opposent formellement, en écho aux différentes positions sur la table (EUROPE B12470A1). Mais « cela ne veut pas dire que ces derniers contestent le besoin de mesures extraordinaires », a-t-il considéré.

BICC. Le président de l'Eurogroupe s'est aussi interrogé sur la meilleure manière de dépenser, via le budget de l'Union européenne, les fonds additionnels qui seront levés.

D'après lui, la future capacité budgétaire de la zone euro (BICC) pourrait jouer un vrai rôle, à condition, « naturellement, de revoir sa taille ». Le budget de l'Eurozone favoriserait une gouvernance partagée et la flexibilité dans la gestion des fonds, a-t-il estimé. Et de souligner le rôle de surveillance que jouerait ainsi le Parlement européen, en réponse à des questions de Jonás Fernández (S&D, espagnol) et de Stéphanie Yon-Courtin (Renew Europe, française).

Sur la base des orientations fixées jeudi 23 avril par le Conseil européen, la Commission fera des propositions le 29 avril sur un plan de relance et un projet de CFP révisé.

MES. Markus Ferber (PPE, allemand) s'est demandé pourquoi des pays comme l'Italie et l'Espagne refusent d'activer les lignes de crédit ECCL spécifiques du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage de la zone euro, telles qu'adaptées par l'Eurogroupe pour répondre à un choc symétrique.

M. Centeno s'est dit convaincu que, dans peu de temps, les États membres se rendront compte que cette aide ne fera l'objet d'aucune stigmatisation vis-à-vis des pays qui y feront appel.

Mardi, devant le Parlement national, le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, a demandé de voir les textes explicitant les lignes de crédit ECCL avant d'examiner si l'aide du MES correspond aux intérêts de son pays. Mais la création d'un Fonds de relance pour émettre en commun de la dette au niveau européen doit constituer « l'élément central » d'un plan de relance européen, a-t-il estimé, en apportant son soutien aux propositions française et espagnole sur la table. (Mathieu Bion)