Actualités
La Correspondance de la Presse - La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google qui va faire appel de la décision fortement critiquée par Donald TRUMP - 08/09/2025
La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google qui va faire appel de la décision fortement critiquée par Donald TRUMP
La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google qui va faire appel de la décision fortement critiquée par Donald TRUMP La Commission européenne inflige une amende de 2,95 milliards d'euros à Google qui va faire appel de la décision fortement critiquée par Donald TRUMP La Commission européenne a infligé vendredi une amende de 2,95 milliards d'euros à Google, pour non-respect des règles de concurrence de l'UE. A l'issue d'une longue enquête ouverte en 2021, l'exécutif européen a en effet conclu que l'entreprise abuse de sa position dominante dans le secteur de la publicité en ligne. La Commission européenne est passée à l'action malgré les menaces de représailles proférées par le président américain Donald TRUMP. Dans le détail, la Commission européenne estime que Google favorise ses propres services de technologie publicitaire en ligne au détriment d'autres fournisseurs concurrents. Dans un communiqué, la Commission rappelle que la principale source de revenus de Google est la publicité. En effet, Google vend des publicités sur ses propres sites et ses applications, et joue le rôle d'intermédiaire entre les annonceurs qui veulent placer leurs publicités en ligne et les éditeurs qui disposent d'espaces publicitaires en ligne. Les éditeurs et les annonceurs dépendent d'outils numériques de publicité en ligne pour placer ces publicités en ligne, par exemple sous forme de bannières sur certains sites (par exemple sur les sites de médias). Ces publicités n'ont d'ailleurs souvent pas de lien avec le contenu de la page consultée. Concrètement, l'industrie de la publicité en ligne fournit différents outils, afin de permettre à ces publicités de se retrouver en ligne. Il y a des plateformes d'achat d'inventaires publicitaires (chez Google, c'est "Google Ads" et "DV360"), il y a des serveurs publicitaires pour éditeurs ("Google Ad Manager", ex. "DoubleClick For Publishers", ou DFP) et des bourses d'annonces publicitaires (Doubleclick Ad Exchange ou "Adx" chez Google). Ce sont les plateformes d'achat "Google Ads" et "DV360" ainsi que le service "DFP" (sur le marché des serveurs publicitaires pour éditeurs) qui sont pointés du doigt par la Commission. La Commission reproche à Google de favoriser "AdX" dans le processus de sélection d'annonces géré par "DFP", par exemple en informant "AdX" à l'avance de la valeur de la meilleure offre des concurrents qu'elle devait battre pour remporter l'enchère. Elle estime aussi que Google favorise sa bourse d'annonces publicitaires "AdX" dans la manière dont ses outils d'achat d'annonces publicitaires "Google Ads" et "DV360" soumettent des offres sur les bourses d'annonces publicitaires. "Par exemple, "Google Ads" évitait les bourses d'annonces publicitaires concurrentes et soumettait principalement des offres sur "AdX", ce qui en faisait la bourse d'annonces publicitaires la plus attrayante", note l'exécutif européen. La Commission ordonne donc à Google de mettre fin à ces pratiques dites d'autopréférence (ou "self-preferencing"), et de mettre en œuvre des mesures visant à "éliminer les conflits d'intérêts" qui existent actuellement. Google a 60 jours pour informer la Commission des mesures qu'elle entend prendre pour rétablir la concurrence sur ce marché de la publicité en ligne. Elle a 30 jours supplémentaires pour mettre en œuvre ces mesures. Google a déjà annoncé son intention de faire appel. Pour Mme Lee-Anne MULHOLLAND, responsable mondiale des affaires réglementaires du groupe, cette décision "impose une amende injustifiée et impose des changements qui vont nuire à des milliers d'entreprises européennes en rendant plus difficile pour elles de gagner de l'argent. Il n'y a rien d'anticoncurrentiel à fournir des services aux acheteurs et aux vendeurs d'espaces publicitaires, et il existe plus que jamais des alternatives à nos services". Mais même si le dossier finit par atterrir sur le bureau des juges de la Cour de justice de l'UE à Luxembourg, le délai des 60 jours reste de mise, précise une source à la Commission. Répondant aux attentes fortes des éditeurs, "Google doit maintenant présenter une mesure corrective sérieuse pour remédier à ses conflits d'intérêts, et si elle ne le fait pas, nous n'hésiterons pas à imposer des mesures correctives solides", a souligné Mme Teresa RIBERA, vice-présidente exécutive de la Commission responsable d'une transition propre, juste et compétitive. Scission possible des activités publicitaires de Google La Commission avait menacé dès 2023 d'exiger la scission d'une partie des activités du groupe dans ce domaine de la publicité en ligne, ce qu'elle n'a finalement pas décidé à ce stade. Mais la même source explique qu'il y a de fortes chances que Google ne trouve pas d'autre solution pour se plier aux exigences de l'exécutif européen. L'amende aurait a priori pu être infligée à Google plus tôt au cours de la semaine dernière (selon des sources concordantes, elle était "prête" dès le lundi 1er septembre). Le commissaire européen responsable du Commerce et de la sécurité économique, M. Maros SEFCOVIC a demandé le report de l'amende, sur fond de tensions entre l'UE et les Etats-Unis. M. SEFCOVIC s'est expliqué lors d'une conférence de presse organisée en milieu de semaine dernière. Il a déclaré cependant soutenir "pleinement l'enquête" menée par l'exécutif européen (cf. CP du 04/09/2025). La crainte principale, à Bruxelles, est de voir le président américain Donald TRUMP ne pas tenir ses promesses concernant les droits de douane et d'augmenter certains d'entre eux si l'UE dégaine effectivement son arsenal législatif dans le domaine du numérique. Fin août, sur son réseau social Truth Social, M. TRUMP avait mis en garde contre toutes "taxes, législation ou régulation conçues pour toucher ou discriminer la technologie américaine". S'il ne cite pas directement l'UE, cette dernière s'était malgré tout sentie visée. Mais cela n'a pas empêché la Commission d'agir. "L'Europe a 'attaqué' aujourd'hui une autre grande entreprise américaine, Google", a protesté dès vendredi M. TRUMP, sur son réseau Truth Social, en menaçant de riposter avec des sanctions commerciales. Le président américain assure dans le même message que si l'UE ne revient pas sur les amendes "injustes" infligées à Google, ainsi qu'à Apple, il serait "contraint" de déclencher un mécanisme de droits de douane punitifs, la "Section 301". Il n'y a pas qu'au niveau européen que Google est dans le viseur : en France, en juin 2021, Google avait été sanctionné par l'Autorité de la concurrence à hauteur de 220 millions d'euros pour abus de position dominante sur le marché de la publicité display (cf. CP du 08/06/2021). Comme dans le cas jugé vendredi à Bruxelles, il était reproché au groupe américain d'utiliser les technologies et les services dont il dispose dans le domaine de la publicité display de façon biaisée afin de s'avantager lui-même de façon indue. Plus récemment la Commission nationale de l'informatique et des libertés française (CNIL) a infligé la semaine dernière une amende record de 325 millions d'euros à Google pour ses pratiques publicitaires ciblées et sa politique d'utilisation des "cookies" (cf. CP du 04/09/2025). Le groupe a aussi été condamné mercredi aux Etats-Unis à verser 425,7 millions de dollars de dommages à près de 100 millions d'utilisateurs pour atteinte à leur vie privée, selon la décision d'un jury d'une cour fédérale de San Francisco confirmée par le géant américain. En revanche, Google a remporté une victoire judiciaire majeure mardi aux Etats-Unis : un juge de Washington lui a imposé des exigences strictes sur le partage des données afin de rétablir l'équité dans la concurrence sur la recherche en ligne, mais sans l'obliger à céder son navigateur phare Chrome, comme exigé par le gouvernement américain. Selon Mme Stéphanie YON-COURTIN, députée européenne membre du groupe Renew Europe, cette amende européenne "adresse un message clair : l'UE n'hésitera pas à tenir tête aux géants du numérique lorsqu'ils abusent de leur position dominante". Elle le martèle : "La concurrence loyale sur le marché numérique n'est pas négociable." Ce n'est pas la première fois que la Commission européenne prononce une sanction contre le groupe basé à Mountain View, dans la Silicon Valley. Elle lui a infligé une amende de 4,1 milliards d'euros en 2018 pour abus de position dominante du système d'exploitation Android, et une autre de 2,4 milliards d'euros en 2017 pour pratiques anticoncurrentielles sur le marché des comparateurs de prix.
Stéphanie Yon-Courtin